Ces branchés qui débranchent, la nouvelle tendance du Web | CCFI


Ces branchés qui débranchent, la nouvelle tendance du Web | CCFI.

Lire Le Figaro du 12/9/12 page 24

Extrait

Près de 20 % de la population française est coupée des nouvelles technologies, selon une étude de Havas Media. Pour une majorité, ce sont des débranchés volontaires qui ont peur de « Big Brother » ou veulent réinvestir dans la vie réelle.

Alors que le monde s’apprête à fêter l’arrivée du nouvel iPhone 5 comme un événement planétaire et que les messages pullulent chaque jour plus nombreux sur Twitter, toute une frange de la population reste totalement étrangère à cette effervescence. Ainsi, 20% des Français seraient coupés des nouvelles technologies, selon une étude très fouillée réalisée par l’agence Havas Media (groupe Havas).

Pour la moitié d’entre eux, la déconnexion serait subie: ce sont les plus vieux (4%) et les plus pauvres (3,8%). Ainsi, 75% des plus de 70 ans ne sont pas connectés à Internet. Et les foyers où le revenu net mensuel est inférieur à 900 euros peinent à s’équiper d’un micro-ordinateur et à s’acquitter d’un forfait Internet. «Certes, la fracture numérique a été divisée par deux mais aujourd’hui elle ne se résorbe plus», souligne Dominique Delport, le PDG de Havas Media France.

Ce qui crée un double paradoxe, souligne cet expert des médias: les plus vieux, qui sont ceux souffrant le plus de l’isolement, ne bénéficient pas des réseaux sociaux. Et les plus pauvres ne bénéficient pas de ce média des bonnes affaires et des promotions.

La peur de  Big Brother»

À l’opposé de ces situations subies, toute une partie de la population refuse Internet par choix et se déconnecte volontairement. Soit ce sont des «flippés» du Web (7,2%), qui redoutent le côté «Big Brother» de l’Internet, craignent de laisser des traces sur le réseau, leurs codes bancaires, des informations personnelles, etc. Ces «flippés» du Net, comme les appelle Havas Media, ont le plus souvent entre 35 et 59 ans, sont actifs ou jeunes retraités, ont les moyens, ont des enfants ou des ados encore au domicile. Mais ils développent une méfiance vis-à-vis du Web et une relative incompréhension des réseaux sociaux. Ils ont la phobie de tout ce qui peut arriver sur la Toile, craignent une intrusion sur leur ordinateur ou une manipulation, ont peur pour leur famille ou leur réputation. Surfant sur ces craintes, l’assureur Axa a, d’ailleurs, lancé récemment la première assurance couvrant les risques d’usurpation d’identité, de diffamation sur le réseau, etc.

Enfin, d’autres personnes (3,4%) se déconnectent volontairement du Web parce que «trop c’est trop», parce qu’ils ont l’impression de passer à côté de la vie réelle, et même parfois de tomber dans l’addiction. Ainsi, 35% de cette cible estiment souffrir d’un phénomène de «manque». Ils décident donc de fermer le robinet avant que cela ne soit trop tard. Selon Havas Media, 41% des sondés pensent que l’intrusion digitale dans leur vie est à un niveau élevé. Près de 38% des sondés avouent répondre à des SMS pendant leur déjeuner. Plus de 27% répondent à des mails professionnels après le travail ou le week-end. «Dans ce contexte, certains veulent se déconnecter pour réapprivoiser leur temps. Ils préfèrent avoir des amis réels que des amis Facebook», explique Dominique Delport.

Quand trop d’Internet dégoûte d’Internet

«Ils décident donc de quitter Facebook, Twitter, de limiter leur utilisation Internet, d’avoir une consommation très ciblée, une heure par semaine par exemple, très pragmatique, pour payer ses impôts, effectuer une transaction ou chercher un itinéraire», explique Dominique Delport. Ce sont généralement des internautes avertis, entre 25 et 49 ans, CSP +, diplômés, qui ne sont pas anti-Internet mais veulent s’en passer. «Ils revendiquent cette position, assument cet anticonformisme, en ont marre de passer leur vie à regarder celle des autres, retrouvent le plaisir de lire, de sortir, de voir des amis réels», poursuit le patron de Havas Media France. Là encore, certains commencent à surfer sur cette nouvelle tendance comme l’Office de tourisme de Suisse ou certains hôtels qui proposent des vacances sans Internet! Ou encore les 160 écoles Waldorf aux États-Unis qui proscrivent les nouvelles technologies, y compris dans la Silicon Vallée où les enfants des cadres de Google et Apple apprennent à (re) vivre sans PC ni télé. Moins extrémiste, l’école St John à Londres accueille toutes les nouvelles technologies mais crée un débat permanent sur la maîtrise de sa consommation numérique, en quantité et qualité.

Au terme de cette étude très fouillée, Havas Media tire deux conclusions. D’une part, «il y a une nécessité à reconnecter les 10 % qui ne peuvent l’être, c’est-à-dire les plus vieux et les plus pauvres. C’est une urgence sociale, culturelle et économique qui demande un volontarisme politique», estime Dominique Delport. Quant aux 10 % de déconnectés volontaires, il est possible de mieux les prendre en compte. S’ils continuent à s’informer par la presse écrite, il reste possible de leur adresser une communication digitale… mais subtile et travailler afin d’éviter la saturation.

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