L’imprévisible coup de poker de Bolloré qui tourne la page Direct 8. | Immédias – Lexpress

L’imprévisible coup de poker de Bolloré qui tourne la page Direct 8. | Immédias – Lexpress.

le 8 septembre 2011 21H49 | par

Renaud Revel

 

Une page se tourne au sein de l’empire familial Bolloré. Imprévisible, Vincent Bolloré, dont le parcours dans le monde des affaires et de l’industrie est jalonné, depuis bientôt 30 ans, de virements de cap et de coups d’éclats spectaculaires, vient d’opérer l’un de ces virages dont il a le secret. Celui qui avait investit massivement dans la télévision, avec les lancements sur la TNT, de Direct 8 et de Direct Star, – deux chaînes en devenir qu’il développait au pas de charge-, vient donc de décider d’opérer un retrait stratégique, cédant à Canal+ l’essentiel de ses parts dans « Bolloré Média ». Et une fois de plus, tout le monde est tombé dans le panneau! Voilà des mois en effet, – plusieurs années, même- que chacun y allait de son commentaire sur l’entrée en lice dans le secteur des médias d’un industriel décidé à se bâtir un empire audiovisuel. N’avait-il pas installé son fils, Yannick, à la tête de cette jolie filiale, avec le projet de laisser à descendance un groupe multimédia cousu d’or, où voisinaient des journaux gratuits, un groupe publicitaire de taille mondiale, (Havas), et deux chaînes de télévision? On prêtait même à Vincent Bolloré de lorgner sur le capital de TF1 où sur des journaux, comme Le Parisien ou l’Express…

Et c’est au moment où la TNT prend son envol, sur fond de résultats d’audiences et publicitaires inespérés, que l’intéressé fait demi-tour, renonce à cette activité pour laquelle il s’était emballé comme un jeune capitaine d’industrie, pour la cèder en bloc à Canal+ ! Du Bolloré pure sucre. Car si Vincent Bolloré vend aujourd’hui 60% de sa filiale à la chaîne cryptée, il va sans dire qu’il abandonner le reste à terme.

Ainsi prend fin une aventure lendemains.

Mais c’était oublié que l’homme, un flibustier du monde de la finance, a un sens inné des affaires. Sa vie est ponctuée de coups de Trafalgar et de changements de bords spectaculaires. Vincent Bolloré n’a aujourd’hui qu’un seul objectif : remporter le pari de la voiture électrique pour lequel il s’est investit corps et âme. Tout le reste est subsidiaire. Aussi, le sacrifice de sa branche média n’est qu’un épiphénomène pour celui qui rêve d’un jackpot à l’horizon d’une révolution technologique à laquelle il croit plus que quiconque.

Cette page refermée, Bolloré fait un heureux et un vainqueur: Canal+. Voilà son PDG, Bertrand Méheut, à la tête d’un bel embryon de chaînes installées sur la TNT. On devine d’ici la stupéfaction de M6 et de TF1 qui ne pensaient pas retrouver de sitôt le groupe Canal sur son chemin. Au début de l’été, la chaîne cryptée s’était risquée sur ce terrain, avec un projet de chaîne, – Canal 20-, aussitôt remisé après que TF1 et M6 aient menacé Canal+ d’une guerre à outrance. Mais personne n’aurait imaginé que dans la torpeur de l’été, Vincent Bolloré, – qui voue une détestation sans bornes pour le propriétaire de TF1, Martin Bouygues- jouerait les trouble-fêtes et permettrait à Canal+ de faire une entrée fracassante sur un marché qui lui était jusqu’ici pour ainsi dire fermé. L’opération a quelque chose de magistrale, le hold-up de Canal+ éblouissant et le pied de nez en forme de coup de poker de ce diable de Bolloré est pour tout dire, bluffant. Voilà Bolloré délesté de son petit empire audiovisuel, mais désormais petit actionnaire de Vivendi, puisque cette opération s’est faite en contrepartie d’actions du groupe piloté par Jean-Bernard Lévy. Pragmatique et fin manoeuvrier, Bolloré, qui fait un pari sur l’avenir, risque fort de réaliser une trés belle opération financière.