Google a aussi le nez fin

Carrefour propose,  en partenariat avec  le géant du web,  un sommelier virtuel pour aider ses clients  à choisir leurs vins.  De quoi inaugurer l’arrivée de l’intelligence artificielle  dans vos supermarchés.

 

Vous en avez déjà rêvé : mettre les pieds sous la table exclusive d’un restaurant 3 étoiles, vous faire bichonner par les équipes raffinées de l’établissement. De Karmeliet faisait encore récemment partie des quelques rares maisons belges à avoir reçu la haute distinction du Michelin. Benoît Couderé y a apporté son expertise de sommelier du pays durant plusieurs saisons. Avant de rejoindre le « retailer » Carrefour il y a deux ans.
L’idée ? Remodeler la cave des hypermarchés et la rendre plus accessible au commun des mortels que nous sommes. Alors quand les équipes digitales de l’entreprise lui ont proposé de se faire « disrupter », le maître aurait, paraît-il, accepter sans broncher.
Son savoir-faire est désormais intégré – par l’implémentation, d’abord, d’un riche fichier excell qui accorde mets et vins – à l’intelligence artificielle du géant de la Silicon Valley, l’Assistant Google. « L’idée est d’apporter l’élite à la table de chacun. Vous demandez : OK Google, je mange du lièvre ce soir et l’assistant vous propose en réponse un panel de vins (de la cave Carrefour, bien entendu, NDLR) qui s’accordent parfaitement avec votre dîner », explique Jean-Philippe Blerot, à la tête des projets digitaux et de l’e-commerce chez Carrefour Belgique.
En pratique, le « Sommelier Benoît » est aujourd’hui accessible en test dans trois magasins du groupe (Evere, Herstal et Zemst). À terme, une fois l’intelligence artificielle enrichie – « nous allons récolter les infos que les clients nous donnent à ce niveau, il s’agit d’une version bêta, loin d’être parfaite » –, le but est bien de l’intégrer aux applications de Carrefour. Et de décupler le principe à d’autres types de produits.
Offre plus personnalisée
Ce gadget sympathique peut sembler à première vue anecdotique. Il ne l’est pas. Google et Carrefour, c’est une histoire qui a débuté en juin 2018 et qui est faite pour durer, scellée par un partenariat à l’échelle mondiale. Chaque caddy rempli de produits par vos soins contient également une quantité de données personnelles impressionnantes. Or les grands « retailers » sont moins habiles que les Gaffa pour les exploiter et font face désormais à une concurrence féroce sur leur segment : Alibaba en Chine, Amazon ailleurs (notamment avec son service Pantry). « Il y avait une nécessité au niveau du groupe de s’allier à un géant du numérique », acquiesce Jean-Philippe Blerot. Preuve que le secteur de la distribution, sous pression, s’apprête à changer.
Intelligence artificielle (IA) et « machine learning » (soit les services « Cloud » de Google) permettent une multitude d’optimisations d’un business model donné : de la gestion des stocks en magasin à l’analyse de l’effet de la présence d’un concurrent, en passant par la traçabilité des produits jusqu’à, but ultime, la hausse du chiffre d’affaires.
Faire entrer l’IA en magasin et sur les applications du groupe, c’est la garantie d’une offre plus personnalisée pour (re)fidéliser un client qui éparpille désormais son pouvoir d’achat et se rend moins souvent dans des supermarchés géants. Influencer son parcours de courses aussi, s’il a tout de même fait le déplacement. « L’Assistant pourrait aider le client à mieux manger. En lui proposant de remplacer certains produits par des options plus saines sur base de son panier de courses habituel. L’idée générale est bien de personnaliser l’offre mais aussi d’encourager à la découverte », poursuit le responsable.
Des données « exclusives »
La question du respect de la vie privée est, bien sûr, ici, centrale. L’Assistant Google, qui touche 2 milliards de personnes dans le monde, est un écosystème à visée commerciale. La plateforme loue ses services à des tiers qui peuvent y développer des applications adaptées à leurs besoins.
Quid alors de la circulation, de l’utilisation et de la monétisation de vos comportements, « vinicoles » dans le cas présent. « Le « Sommelier Benoît » a été développé dans un environnement isolé, réservé à Carrefour. Aucune donnée n’est conservée par Google, nous ne gardons que le dialogue avec la machine », assure le responsable de projets. Pas question donc de retrouver sur le moteur de recherche des publicités connexes à vos demandes faites au sommelier (par définition, une telle extension serait contre-productive pour le partenaire). Chez Carrefour, on précise d’ailleurs « que si l’Assistant est intégré aux applications du groupe, une autorisation préalable sera toujours demandée aux clients avant d’utiliser leurs données. »
De quoi vous garantir un repas de Noël rehaussé de quelques grands crus du meilleur effet. Pour le plus grand bonheur de vos proches. Et également de votre « retailer » préféré…

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